26 déc. 2009

"Beit Shean - 164 km"


25 décembre! C'est Noel, la radio l'annonce parmi les nouvelles du jour... Nous passons le checkpoint de la sortie de Jérusalem, avant de foncer sur le fameux "Kvish haBika'a", le chemin le plus court vers Beit Shean - mais pas le plus sûr. Ouverte aux véhicules de l'autorité palestinienne, la route plonge depuis Jérusalem sous le niveau de la mer, traverse la vallée du Jourdain par les territoires, perce à travers les collines arides de Judée, contourne Jericho, longe la Mer morte, évite Ramallah, trace son sillon entre les implantations et creuse un passage direct vers le nord le long de la frontière jordanienne.

En pointillés, la ligne verte qui délimite entre Israel tel que reconnu par l'ONU et les territoires palestiniens. En trait plein, la ligne frontalière avec la Jordanie dont la capitale, Amman, n'est qu'à 30km de Jérusalem. En bleu, le "Kvish haBika'a" (littéralement, route de la vallée) qui perce à travers les territoires, de Jérusalem à Beit Shean.

"Dans les années 70-80, c'est ici que je faisais mes périodes de réserves avec Avi, on avait une base quelque part par là-bas et on patrouillait la frontière encore chaude avec la Jordanie..."

Mon papa est en Israel depuis une bonne semaine et pointe un amas de dunes qui dissimule un filet d'eau dans sa vallée encaissée. Lolo nous attend au kibbutz de Ein Anatsiv. Pendant ses premiers temps dans le pays en 1973, puis durant l'armée, elle et son mari furent comme des parents adoptifs.

Un havre de paix. Passé la palissade qui enserre les maisons et les champs d'Ein Anatsiv, tout n'est que calme, fleurs, palmeraies et pelouses. Le voilà, l'héritage fameux des glorieux temps du collectivisme. Des champs, une cafétéria collective, et la maison des enfants, devenue celle des vieux. Le kibbutz s'éveille chaque shabbat et accueille ses enfants prodigues, partis à la ville faire leur chemin dans un monde aux antipodes du socialisme de leur enfance.

"En 1949, ils étaient tout pétris d'idéalisme. On leur a demandé de se mettre là pour défendre les communautés de Sde Eliyahu et Tirat Zvi, et ils se sont installés ici..."

La première histoire que me raconte Lolo, c'est celle de Zeev, qui s'échappa de Hambourg sur le dernier bateau forçant le blocus anglais sur la Palestine mandataire, en 1938. Un jeune sioniste, débarqué à 15 ans à Tel Aviv, religieux mais rêveur, utopiste presque! Il abandonne sa famille et un destin plus intellectuel pour se plonger dans l'agriculture. Alors que l'indépendance se précise et que le péril monte, on décide de renforcer les implantations voisines trop proches de la Cisjordanie¹: il fait alors partie du noyau des fondateurs du kibbutz, en 1949. Ces récits tissent d'un fil souvent froissé par l'Histoire une trame complexe sur laquelle sont brodées les mémoires de chacun de ces gens, arrachés à l'ancien monde, arrivés ici par les hasards cruels du destin. Ils y ont vécu, et bâti. Depuis quelques mois, Zeev repose sous l'un des arbres du kibbutz.

Et, elle, alors? Résistante, à la fois Française et Allemande mais déchue des deux nationalités de par sa condition juive, clandestine à Strasbourg durant la Guerre, arrêtée par les SS et miraculeusement relâchée. Elle raconte encore son premier voyage en paquebot vers Israel en 1956, à la recherche de petites filles exfiltrées vers la Palestine par ses soins sous l'occupation, qu'elle retrouve à Ein Anatsiv. Ce jeune kibbutznik², qui la séduit immédiatement, à qui elle adresse des lettres passionnées sans savoir dans quelle langue lui écrire, lui qui ne parle plus l'Allemand et ignore le Français. Elle raconte son arrivée, enfin, et son installation avec Zeev, quelques mois avant le terrible début de la guerre des 6 jours³. Alors qu'elle vit dans la terreur, le kibbutz pourtant entièrement mobilisé, ne déroge pas à son rythme pastoral.

Mais déjà arrive la nuit, il nous faut nous arracher à ce lieu où le temps semble arrêté, pour rentrer à Jérusalem. Pendant que la radio égraine la longue liste de pseudo-catastrophes du weekend, l'esprit s'égare... Ce pays est sorti de terre et puis s'est transformé, métamorphosé, remodelé, révolutionné, transfiguré en 60 ans d'existence.

1. Cisjordanie - jusqu'en 1967, la Jordanie occupait la Cisjordanie, aujourd'hui amenée à former le gros du futur état Palestinien. La ligne d'armistice, très chaude, était la fameuse Ligne Verte...
2. Kibbutznik - habitant d'un kibbutz.
3. Guerre des 6 jours - la guerre de l'été 1967 qui opposa Israel aux armées de la coalition de la Ligue Arabe (Egypte, Jordanie, Syrie, Irak) et vit la défaite complète de ces armées face à Tsahal qui conquit alors le Sinaï, la Cisjordanie, Gaza, le Golan et Jérusalem Est.

9 déc. 2009

"Une année sans grève ni guerre"



"Bip Bip Biiiiiiiiiiiiiip Galei Tsahal il est 6 heures et voici les nouvelles..."

La radio berce le branle-bas de combat matinal des résidences. Selon les appartements, la voix des informations résonne en Arabe ou en Hébreu et les échos se mélangent dans la brise matinale. L'air est déjà frais à Jérusalem, les arbres encore feuillus frissonent sous le ciel nuageux. Passage en coup de vent par la boite aux lettres.

Les lettres de l'armée sont ici partie évidente du courrier quotidien, jetées pèle-mèle avec les publicités du supermarché local et les factures de l'université. Elles ont un côté mystérieux, un peu énigmatique. Impossible en arrachant le rabas de supprimer un zeste d'excitation - ou peut-être un peu d'appréhension...

"Oh non! Deux semaines?! Et c'est pendant la période des examens!"

Je vois mon voisin pester, prêt à réduire en miette son enveloppe beige. Rien de bien étonnant, ce genre de missive vous plombe la journée, au même titre qu'un rappel d'impôt. C'est un ordre de "miluim", une mobilisation. Tout citoyen est susceptible d'être rappelé sous les drapeaux dans les corps de réserve, déployé chaque année jusqu'à un mois et personne ne songerait à s'y soustraire, notamment pas les combattants, mais les cours continuent, eux! Et cet officier est bien plus préoccupé par les propriétés réactives du methylcyclopentane que par l'état de ses troupes.

La fac aménage, adapte, organise pour faciliter la vie des réservistes. Dans une certaine mesure. Dans son discours de début d'année, le doyen nous souhaitait d'ailleurs "une année sans grève ni guerre" et savait quelque chose du sujet. En janvier dernier, la proportion d'étudiants mobilisés durant l'opération Plomb Durci était telle que la plupart des facultés du pays s'étaient résolues à suspendre l'année scolaire.

Mes lettres militaires arrivent pour l'instant dans une enveloppe blanche marquée du sempiternel sceau triangulaire et émanent du Lishkat Giyus - le centre de recrutement - de Jérusalem.

La lettre de Tsahal du jour me demande de choisir une position ou d'indiquer une préférence pour un des corps d'armée. Renseignements? Marine? Support médical? Génie militaire? Et tout ça, quand exactement? J'en discute avec un copain dépité d'avoir recu lui une enveloppe beige, alors que son service obligatoire ne s'est fini qu'en juillet. Il est prêt à remuer ciel et terre pourvu qu'on le laisse étudier en paix. A l'ouverture, surprise!

"Cher soldat, l'armée sait que tu n'a pas de famille dans le pays, et tient donc à te souhaiter un joyeux anniversaire"

Pas de trace du papier de mobilisation. N'y croyant pas, il vérifie encore puis hausse les épaules vraisemblablement dérouté. Rien que ce petit mot sur un morceau de feuille découpé. Personne ici n'y croira si on le raconte, mais finalement, ces lettres sont parfois porteuses de bonnes surprises...

29 nov. 2009

"Jerusalem ne sera pas Teheran!"


"Perle tu viens? Mais tu es (cshhhhhhhh) où?!? Ah... (cshhhhhhh) on est dans la manif (long cshhh) les haredim (cshhhh) viens (cshhhh)"

Après plus de trois mois de violents débordements shabbatiques dus aux haredim à Jérusalem, les gens normaux sortent enfin de leur hébètement. Aux appels du mouvement "Hitorerout" (reveil), de l'organisation des étudiants de l'université hébraïque, des associations culturelles, et d'une partie de la nouvelle majorité municipale, les hiérosolomitains, laïques comme religieux, battaient hier le pavé.



La municipalité a été portée au pouvoir par une coalition qui pour la première fois peut se passer du soutien des partis ultra-orthodoxes, dit "haredim", et s'emploie depuis à corriger l'image de la ville. Au prix d'une hebdomadaire bataille de rue avec une foule d'hommes en noirs caillassant la police des frontières. La tension dans la ville est montée d'un cran avec l'ouverture d'un nouveau front au siège de la firme Intel accusée - ô scandale - d'employer des Juifs durant le shabbat pour fabriquer les microprocesseurs de votre macbook. Une percée se ruant dans le siège voilà deux semaine s'était soudain transformée en un groupe de saccageurs sans foi ni loi, allant jusqu'à s'en prendre justement à la petite synagogue d'Intel amenant le nouveau maire à dénoncer le lendemain... un "pogrom"!

Sur les panneaux: "le mur est à tout le monde", "Libérez Jérusalem", "Sauvons notre maison" des habitants de Kiriat Yovel (oui, chez moi) dont la population autrefois absolument laïque se transforme peu à peu pour acceuillir de nombreuses familles de haredim poussées hors de Mea Shearim par la pression démographique. Les têtes porteuses de kippas abondaient dans le cortège. (Photos de Samuel qui redécouvre les joies des manifestations depuis qu'il n'est plus soldat)

Alors, ce défilé nocturne est un petit miracle! Plus qu'un rapprochement fugace, c'est une véritable alliance de groupes hétéroclites. Plus question de laisser la jeune et dynamique population s'enfuir loin des remparts! Hors de question de voir cette capitale se transformer en une petite Teheran...

26 nov. 2009

"C'est presque un roman familial du hummus"


Si vous aussi vous avez dans vos groupes facebook des ovnis saugrenus et "totally pointless" qui appellent à la réconciliation des oeufs brouillés et rejoignent une litanie de spirituelle prose digitale, vous êtes peut-être aussi un adepte de l'inénarable "i love hummus but i hate hamas". Et si ce n'est pas le cas vous avez raté le dernier épisode de la guerre ouverte que se livrent le Liban et Israel sur les droits de propriété intellectuelle de la recette du hummus.

Mobilisez vous gentils petits internautes, il s'agit d'un sujet existentiel, puisque la guerre par épisode avec nos voisins du nord possède un pan culinaire insoupçonné!

Offense suprême, le record du plus grand plat de hummus, tenu jusqu'au mois d'octobre par un vendeur du souk Makhane Yehuda à Jerusalem a été supplanté lors d'un évènement gigantesque à Beirut où des milliers de personnes étaient réunies pour y déguster un plat encore plus grand - pas de blague! Une recherche de base sur google dégage 261,000 ressources qui débatent très sérieusement de l'opportunité de la saisie de l'ONU (rien que ça!) par le Liban visant a empêcher la vente du hummus israélien sur les marchés internationaux...

Le tournant de cette histoire étant qu'un groupuscule palestinien en prend de la graine et cette semaine revendique a son tour ses droits sur la purée de poix chiche aussi bien sur le Liban que sur Israel. Pas difficile alors d'imaginer les guerres du humus en métaphore moderne du biblique plat de lentilles.

Je vous blogue ce post depuis la terrasse (chauffée) d'un Aroma aux portes du campus Har HaTzofim où Idan élucubre avec moi sur les origines du haloumi de notre salade - matière à la texture ô combien mystérieuse et dont le roman familial par contre semble moins polémique. J'espèrais vous y annoncer la prochaine libération de Gilad Shalit mais l'espoir n'y est plus. L'occasion de vérifier l'absence de consensus populaire sur l'échange de prisonnier annoncé puis démenti, au vu du débat animé qui s'amorce entre les tables du café.

15 nov. 2009

"Encore un peu de jachnoun?"


Les traces d'habitations dans l'ancienne Ashkelon remontent à l'âge de bronze. Les Canaanites, les Phéniciens, les Hébreux, puis les Romains transformèrent la cité en un rayonnant port antique avant qu'elle ne tombe dans l'oubli lors de la conquête mamelouke au temps des dernières croisades.

"Quand on était gamins, on traînait souvent sur le champ de fouille avec mon frère et on les voyait remonter des pièces par centaines..."

Adi m'entraîne vendredi dans l'Ashkelon moderne pour finir les courses avant que tout ne ferme, sa mère nous attend pour boucler les préparatifs de shabbat. Elle est fille d'une famille yéménite traditionelle, qui s'identifie fortement au secteur dit "Dati-Leoumi" (national-religieux). Fuyant les persécutions dans le golfe d'Aden, ses grands-parents ont immigré dans les années 50 et renforcé la communauté d'Ashkelon, alors encore balbutiante. La ville reconquise en 1948 compte aujourd'hui plus de 100000 habitants, même si sa proximité avec la bande de Gaza nous place tous à la portée d'une roquette du Hamas. Odeurs de jachnoun, de poulet aux raisins et de zaatar envahissent la maison...


Il y a quelque chose de spécial et d'un peu merveilleux dans cette famille restée à la fois si attachée à sa tradition, et pourtant si évidemment intégrée dans le magma de cette société qui se construit. Deux générations après l'aliyah, les vieux écoutent avec satisfaction la jeune génération qui conserve la prononciation bien spécifique des lettres gutturales et aspirées de l'hébreu qui depuis longtemps s'est perdue dans le reste de la population. Les prières aussi se font différement. On utilise l'ancien dialecte yéménite, très différent de celui des autres communautés séfarades mais réputé plus proche de l'Hébreu ancien, qui se transmet de pères en fils.

Kubaneh, piments forts, noix, helbeh et pitas au feu de bois... Dans la synagogue yéménite, chaque homme appelé à la Torah doit être capable de faire la lecture chantée du texte de la "parasha". Le petit Elia s'installe donc avec son oncle et son grand père pour apprendre le morceau de texte de la semaine chanté selon la tradition yéménite.

On se croirait bien loin de notre petit bout d'Orient... Dans un endroit ou encore règne la tradition orale, qui nous aussi nous fut transmise de la même facon, mais dans un salon parisien.

29 oct. 2009

"Shalom Chaver"


Israel commémore aujourd'hui 14 ans (en dates hébraïques - c'était le 4 novembre 1995) depuis l'assassinat d'Yitzhak Rabin alors qu'il venait de s'adresser à la foule lors d'une manifestation publique en soutient aux accords de paix d'Oslo. Malgré la mort du processus de négociations, le dégout du public après les années meutrières de l'intifada et le rejet par toute une partie de la population de l'idée même d'Oslo, la commémoration reste un moment de receuillement très observé et rappellé en Israel... jusque dans les salles de chimie de l'université.

Si chacun a son idée sur l'héritage laissé par Rabin, ce meutre fut celui d'un premier ministre élu, dans la seule démocratie libre de notre région, et le traumatisme national est palpable. Alors, même si Ehud Barak utilise les cérémonies comme évenement electoral, la date d'aujourd'hui ne passe inaperçue pour personne. Galei Tsahal repasse des chansons devenues populaires depuis 1995 dans lesquelles revient souvent la salutation de Bill Clinton reprise par le roi Hussein devant la tombe de Rabin: "shalom chaver - adieu, ami".

Lors du rassemblement sur la Place des Rois d'Israel, rebatisée depuis Place Rabin: "Vous, présents aujourd'hui, ainsi que tous ceux qui ne sont pas arrivés, prouvez qu'Israel est prête et veut la paix". Rabin entonne "Shir l'Shalom", littéralement, "un chant pour la paix" dont les paroles entachées de son sang seront retrouvées dans la poche de son veston, transpercées par la balle.

22 oct. 2009

"Les cours de bio c'est à Givat Ram ou Ein Kerem?"


J'ai survécu à ma première semaine de cours!

Malgré les fourberies du système de navette intercampus, la frayeur de ce premier cours de statistiques où je n'ai rien compris (du tout) et les tribulations entre les différentes branches de la librairie scolaire pour y dénicher des bouquins en anglais, j'ai réussi à rendre mon premier devoir de maths qui ressemble plus à une vague dissertation ésotérique mèlant chiffres, caractères grecs, hébraiques et graphiques biscornus.

A moi maintenant de composer avec mes profs pour palier à mes quelques carences linguistiques - car il s'avère que "courbes des fréquences cumulées" ou "mytochondrie" ne faisaient pas vraiment partie de mon vocabulaire quotidien. La tâche risque de s'avèrer plus ardue en bio, ou le prof semble complètement paranoiaque, persuadé que l'anglais mène en sous-main une croisade contre l'hébreu comme langue scientifique et que cette machination menace l'indépendance linguistique de notre bel état, véritable accomplissement de la volonté divine sur ces terres. Du coup, pas d'anglicisme, les élèments chimiques se déclinent en hébreu, et se comptent à grand renfort de préfixes numéraires en araméen!

Enfin, 38 heures de cours plus tard voilà déjà mon premier weekend qui commence, de vendredi à samedi soir. Le temps de passer emprunter quelques lectures à la bibliothèque de médecine. Elle sent cette odeur de vieux grimoire devenue familière à McGill, et mon regard se perd un peu dans ses rayonnages, tant de livres, il n'y plus qu'à les ouvrir!

19 oct. 2009

"Appartement 22, au 7 rue Guatemala"


A Jérusalem les rues de chaque quartier ont en commun un thème et celles de Kiriat Yovel suivent les pays et villes d'Amérique du Sud. J'ai donc emmenagé dans les "méonot" au 7 rue Guatemala, dans les résidences réservées aux étudiants du campus d'Ein Kerem qui abrite la fac de médecine.

En faisant abstraction de l'idée saugrenue de l'architecte de peindre une partie des murs et du mobilier en vert militaire, l'endroit reste plutôt acceuillant, divisé en appartements de 6 personnes globalement répartis par ethnicité. Les étudiants arabes sont regroupés malgré leurs différences religieuses et nationales - certains sont arabes israéliens, d'autres Palestiniens, chrétiens ou musulmans -, ce qui ne facilite pas vraiment leurs relations au sein des appartements, mais évite au moins les (très) évidents problèmes inhérent à une mixité imposée avec les étudiants juifs.


Avec la rentrée dès demain, les couloirs un peu vides du premier jour se sont remplis d'une foule bigarrée, on papote d'une porte à l'autre, les lieux reprennent vie... Et d'un coup quel bruit! Les jours paisibles dans notre appart d'étudiants branchés de Montréal sont bien loin! A 6 filles dans un 4 pièces, les divisions du frigidaire suivent un schéma dûement coordonné, les stratégies de maximisation du temps devant un miroir prennent des allures de machiavéliques complots. Mais avec des collocataires sympatiques tout devient vite très supportable. La mère de Tslil, ma colloc de chambre, une fois rassurée sur mes moitiés d'origines sépharades m'a envoyé des plats marocains et yéménites, et le joyeux brouhaha de ces premiers jours semble bien décidé à se poursuivre...

11 oct. 2009

"Bon, demain, au boulot!"


Après une coupure à Paris, retour à Jérusalem. Le temps y est magnifique, le soleil radieux, la grisaille parisienne semble bien loin, reclue maintenant dans les pages un peu cornées d'un bouquin en Français de la période classique qu'on lirait sous le jasmin du jardin... On nous prédit le début de la troisième intifada, mais personne n'y prête plus attention. Comme aux pubs des mesures de sécurité contre la grippe A d'ailleurs. Malgré les forts déploiements militaires dans les quartiers arabes de l'est, l'atmosphère de ce mois d'octobre est plutôt insouciante. On défait la soukka installée dans presque chaque jardin, on profite de la douceur un peu inhabituelle de l'automne.

Une soukka à l'entrée d'un immeuble, et d'autres dans la rue Yoel Salomon

Les fêtes se terminent aujourd'hui, avec une dernière journée fèriée. Les israéliens plaisantent avec un demi-sourire que les parents refusent de voir partir leurs enfants et les convainquent de rester encore un peu avant de s'en retourner à la vie moderne. Même si les religieux se promènent encore une journée en talith, les administrations et les magasins ont ouvert ce matin. Demain les écoliers reprendront le chemin des cours, avant que nous les rejoignions à la fac dès dimanche prochain. Enfin, l'année commence! Il était temps...

20 sept. 2009

"La pluie tombe!"


Et voilà déjà une bonne chose de cette année 5770 qui commence... Une deferlante de marmaille endimanchée pour la fête a envahi la synagogue ce matin. "Il pleut! La pluie tombe!" et pour comble, les grosses gouttes qui nous avaient surpris une première fois quelques secondes samedi cette fois dévalent les rues en petits ruisseaux. Et voilà toute une communauté qui interrompt l'office pour aller s'extasier sur les dalles mouillées. Dans la tradition populaire on raconte que ce qui se passe le jour de Rosh Hashana présage du reste de l'année, mais de mémoire hiérosolomitaine on ne se rappellait pas que la pluie soit déjà arrivée si tôt!

17 sept. 2009

"Shana tova et Aid Moubarak!"


Par les hasards du calendrier lunaire, les célébrations de Rosh HaShana (littéralement, la tête de l'année) coincident cette année avec celles de l'Aid El-Fîtr qui cloture le mois du Ramadan! Les appels du muezin à la prière résonnent dans nos classes depuis les villages arabes qui bordent la barrière de sécurité et entourent le campus de l'université hébraïque.

La foule dans Makhane Yehuda, le shouk situé à l'Ouest de la ville, aujoud'hui.

L'atmosphère est assez fébrile, chacun vaque à ses préparatifs. Les mères arabes se pressent dans les rues de la vieille ville où les feuilles de vignes, dates et patisseries orientales s'arrachent à prix d'or. Dans Makhane Yehuda, les passants jaugent les grenades enfin mûres, comparent les miels et emplissent leurs cabas de pommes. La nouvelle année sera douce, à grand renfort de produits sucrés! Les marchands affichent en toutes lettres les prix des très symboliques têtes de poissons, et les chats attendent d'un air morne un client qui leur laisse enfin un morceau à se mettre sous la dent...


En nous souhaitant une année de paix toute douce et sucrée! Shana tova!


15 sept. 2009

"Et je vous porterais sur les ailes d'un aigle..."


C'est une tragédie israélienne en deux actes. Une histoire de talent, d'avancée, de fierté nationale, d'espoirs fous, et de succès. Une histoire brutale aussi, avec une fin abrupte. Une histoire qui n'a pas son pareil dans l'ethos israélien depuis la mort en 1976 de Yoni Netanyahu durant les combats du raid sur Entebbe.

C'est d'abord l'histoire d'Ilan Ramon, pilote virtuose du raid contre la centrale nucléaire irakienne de 1981, qui devint le premier astronaute israélien, suivi religieusement par le pays tout entier. Et celle de ce matin de 2003 où les Israéliens virent s'éparpiller les débris incandescents du rêve, dans le ciel du Texas.

Mais dimanche, le drame familial des Ramon a pris une ampleur nationale. L'histoire est devenue celle d'Assaf Ramon qui, devenu pilote à son tour, a été tué par le crash de son F-16 dans les montagnes de Judée. Ce même F-16 que son père pilotait le jour du bombardement d'Osirak. Ce même Assaf Ramon que nous avions vu, en jeune cadet de l'armée de l'air, recevoir ses ailes avec honneur des mains de Shimon Peres en juin dernier.

La couverture du Yedioth Ahronot en ligne: "Le ciel est tombé par deux fois "
"6 ans après la catastrophe de la navette Columbia, Assaf Ramon, fils du pilote et de l'astronaute Ilan Ramon, est tué dans le crash de son F-16 au sud du mont Hebron"

La télévision et la radio ont suspendu leurs programmes. La Knesset a interrompu ses délibérations. Le commandant en chef de l'armée, les yeux brillants, s'est adressé à la nation. Netanyahu, parlant d'une tragédie à dimension "biblique", a repoussé sa rencontre avec l'envoyé américain Georges Mitchell pour assister aux funérailles et déclaré une journée de deuil national.

Cette histoire, c'est celle du mythe national israélien. Le drame d'une certaine israélianitude, éduquée et hautement morale, mais qui ne peut exister que dans son sacrifice. Le public s'est soudain vu ravi de l'espoir que cette histoire puisse en fait bien finir. Mais il n'y aura pas de deuxième astronaute nommé Ramon. Et cette histoire, ne fait que renforcer le mythe.

9 sept. 2009

"Mais où est Netanyahu?"


Où était Netanyahu lundi? La question fait frissoner de plaisir les antennes des journalistes de tout le pays. Disparu! Impossible de contacter son bureau! Pas d'entrée dans son emploi du temps. Pas d'employé bavard. Il fut un temps (pas si lointain) où ces disparitions étaient la marque d'une visite à très haut niveau avec les autorités d'un état voisin qui n'entretenait pas de relations diplomatiques avec Israel. De quoi enflammer la blogosphère, saturer les sites de journaux israéliens et faire enfler le débat sur les ondes.

La radio militaire a donné le ton. Un expert autodéclaré y a d'abord affirmé que Netanyahu rencontrait des représentants syriens en présence d'émissaires américains en Turquie, tandis que sur une autre station, on l'imaginait déjà en vol vers l'Arabie Saoudite pour négocier des survols en cas d'attaque contre l'Iran. Et puis, soudain s'est glissée l'idée de génie. Et s'il était en Égypte, pour rencontrer en secret les têtes du Hamas et négocier les détails de l'accord d'échange de prisonniers? Les médias se sont dépêchés d'aller interroger les parents de Gilad Shalit. Mais après 10 longues heures de spéculations est tombé un laconique communiqué militaire: il visitait une base secrète sans être sorti du pays.

La page d'acceuil du Jerusalem Post aujourd'hui

Boring? Pas du tout. Parce qu'en fait tout le monde sait que c'est faux! L'hypothèse la plus probable est celle d'une rencontre avec le président et l'état-major russe pour aborder le problème iranien. Le Jerusalem Post a d'abord décrit l'envol d'un jet privé lundi depuis un des terminaux abandonnés de l'aéroport Ben Gourion. Impossible alors de ne pas remarquer la scrupuleuse discrétion de Lieberman, et le timing parfait avec les révélations ces derniers jours de l'accostement et du détournement d'un navire russe par les commandos israéliens, qu'on avait cru être des pirates de la mer, alors qu'il transportait des armes vers l'Iran.

Ceux qui trouvent qu'il y a dans cette histoire un parfum de guerre froide n'ont pas tort... mais dans quel bloc serions-nous alors?

Update du 20/09: Medvedev confirme la visite de Netanyahu. Et apparement indique qu'Israel lui a confirmé ne pas s'appreter a attaquer l'Iran. C'est a se demander si il faut rire qu'on nous prenne encore une fois pour des imbéciles ou si l'endoctrination médiatique sur l'absolue nécessité d'une intervention est à ce point redoutablement efficace!

2 sept. 2009

"Bienvenue au Lishkat Giyyus"


Ce matin, j'étais convoquée déjà pour mon "Tsav Rishon" au Lishkat Giyyus, le centre de recrutement de Jérusalem. Il s'agit de d'établir mon profil militaire, c'est à dire ma capacité physique et psychique, sur 97. Viennent ensuite une batterie de test pour m'assigner un numéro sur 56 qui correspond aux capacités intellectuelles. Ces deux nombres vont déterminer les conditions de mon service dans Tsahal.


Le Lishkat Giyyus, c'est la maison des fous d'Asterix dans sa version hébraïque. Des fois, on se demande comment cette armée est même minimalement fonctionelle au vu du désordre général qui y règne, et surtout dans ses centres administratifs. À l'arrivée, une soldate me dévisage, toute absorbée dans sa conversation en russe sur son portable, et me colle un code barre bicolore sur ma carte d'identité. Je la déteste immédiatement: j'ai jusqu'ici réussi à préserver l'intégrité du plastique bleu qui l'entoure. Elle s'interromp et me fixe. "Une fois que tu auras passé ta carte dans le lecteur, il n'y a plus de retour en arrière".

Je monte. Je me trompe d'abord d'étage, qu'elle a oublié de m'indiquer.

Biiiiiiiiiip. "Perle, ton statut dans la queue est: 15ème. Attends avec patience sur les chaises jaunes". Elles sont toutes prises, je prends une rouge avec un rictus satisfait. Faut s'faire respecter des machines.

Passe une heure. La soldate qui m'appelle écorche mon nom. Elle commence le questionnaire de base. Le premier vrai sujet c'est de savoir à qui vont les indemnités si je meurs. Je lui rétorque que je n'y compte pas. Elle non plus. Tant mieux. Mais il lui faut quand même quelqu'un qui réside en Israël.

Passé ce point épineux, je lui raconte ma vie en essayant de lui en dire le moins possible. Elle s'intéresse à mes études et décide donc de ne pas suivre le questionnaire d'Hébreu. C'est l'avantage d'une administration où l'âge moyen est 18 ans, on s'arrange... À la place, je lui décris les différents domaines de la biomécanique, on en vient presque à papoter. Elle me dicte des phrases supposément incompréhensibles pour vérifier mon raisonnement linguistique. Il y en a une d'Agnon. On l'a expliquée en classe. Je ris de contourner le système un peu.

"Passe ta carte à l'ordinateur rouge" - biiiiip - Interview psychologique (comprendre interview vaguement personelle par une soldate ayant complété le cours de psychologie de 3 mois de l'armée). Non, je n'ai pas de pensées suicidaires. Certainement pas avec l'arme de service. Elle est satisfaite.

"Ordinateur violet" - biiiiiiip - contrôle de consommation de drogue. "Retourne à l'ordinateur rouge au troisième, puis redescend ici et repasse ta carte à l'ordinateur violet" - biiiiip biiiiip - examen de la vue. "Ordinateur bleu" - biiiiiiiiip - questionnaire et examen médical. Ca y'est j'ai atteint le profil maximal: 97. "Remonte au troisième, ordinateur vert" - biiiiiiip - tests psychotechniques. Les formes géométriques défilent sur l'écran, elles finissent par toutes se ressembler.

Cinq heures après mon entrée dans cet endroit khaki, j'ai fini! Pour l'instant en tout cas. En attendant la suite, je retourne à la vie civile et je m'empresse de trouver du dissolvant pour sauver ce que je peux du revêtement de ma carte d'identité...

1 sept. 2009

"Remplis le formulaire et paye au bureau de poste"


J'ai un appart! Enfin, une chambre plutôt. À deux, avec une collocataire, dans les résidences de la fac à Kiriat Yovel, où habitent la grande majorité des étudiants de médecine et sciences médicales en première année! Le bail commence le 15 octobre, juste à temps pour mon retour après quelques semaines en France...

19 août 2009

"Conscription? C'est au quatrième"


J'ai souvent regardé les soldates en Israel comme des images fugaces d'une vie qui aurait pu être la mienne si mes parents n'étaient jamais repartis pour la France. Est-ce que nous aurions habité au centre de Tel Aviv, une famille intello de gauche? Ou à Jérusalem, dans un quartier laïque, parents profs de fac un peu hippies? J'aurais été engagée par Tsahal à 18 ans, au sortir du lycée, en pleine intifada. Mais où, et comment?

Ce matin, je me posais la question en me rendant au Lishkat Giyus, le centre de recrutement militaire local. Troisième visite en trois semaine. Les deux premières, c'était pour obtenir un "ptor", une exemption de service, mon sésame vers la société civile. Ce matin, pour me déclarer apte et volontaire pour les corps médicaux.

De nombreux facteurs rentrent en compte dans ce genre de décision, que j'imagine difficilement compréhensible pour vous qui lisez ce blog tranquillement assis sur un canapé parisien ou sur l'herbe du Mont-Royal. Pour l'instant, le but est de commencer les démarches d'admissions au sein du programme "Atuda Refouit" (littéralement - "Réserves Médicales") qui permet d'étudier en médecine aux frais de l'armée puis de servir dans Tsahal durant 5 ans en tant que médecin. Si tant est que l'armée approuve mon recrutement cette semaine, les premières interviews ne devraient pas trop tarder...

13 août 2009

"Alors, ici, au lieu du 15, on appelle le 101..."


Chercher des collocataires à Jérusalem est un véritable casse-tête. Entre un système de transports urbains mis à mal par les travaux du tramway qui défigurent le centre-ville, des cours répartis sur deux campus, le labyrinthe des différents niveaux de rigueur religieuse, et l'ambiance générale de l'appartement, je n'ai pas fini mes recherches!

En attendant, j'ai rejoint les volontaires du Bureau Francophone de Magen David Adom (le SAMU local) qui donne en ce moment des initiations aux premiers soins pour les touristes français sur la plage de Tel Aviv. Ici, on dit "MADA" de façon presque affectueuse, pour désigner aussi bien le service que ses volontaires.


Les israéliens savent bien, que sous nos airs parfois légèrement dépenaillés, chemises d'uniformes ouvertes et pieds nus sur le sable, nous sommes présents et entrainés, répondant en quelques minutes à un simple coup de fil au 101. Les volontaires et les membres du Sherut Leumi¹ constituent l'écrasante majorité (90%) des équipes, et traitent sans distinction les populations juives, druzes et arabes. Tous se pressent souvent au sortir d'une réunion de travail ou d'un examen de fac pour rejoindre la station la plus proche, joindre une bande de copains dans une ambulance, et passer les 8 heures suivantes suspendus à la radio du central.

Pour moi, l'aventure a commencé en temps que volontaire au sein du programme international de Magen David Adom, par un cours intensif (mais très très intensif!) de 12 jours en 2007, suivi par deux mois de volontariat à Jérusalem et ses environs. Et depuis? J'ai assisté une naissance sur le bord d'une route, vu des accidents de la route inombrables, une pléthore d'attaques cardiaques, traité des patients arabes, haredim, druzes, soldats et civils, un terroriste, des citoyens, des touristes, des palestiniens, des junkies, des femmes enceintes, des gamins et des vieux... Et je suis devenue instructrice: à mon tour d'expliquer à mes khanikhim² qu'avant tout, l'important c'est d'avoir des gens avec qui vivre toutes ces choses.

1. Sherut Leumi - littéralement, le "service national", ou l'alternative civile au service militaire obligatoire en Israël pour les filles et garçons à 18 ans. Il s'adresse principalement aux jeunes filles religieuses et aux jeunes physiquement inaptes à un service actif au sein de Tsahal.
2. "khanikh" - Le khanikh est à la fois un élève, un apprenti, une recrue ou plutôt un membre d'une colonie de vacances. Le terme en hébreu se réfère au verbe "lekhanekh", ou éduquer, tout simplement! Pour les linguistes en herbe, le "kh" est guttural et se prononce ici comme le "ch" sur mot "ach" en Allemand.

28 juil. 2009

2009 l'année du khaki?


La mauvaise nouvelle du jour c'est que l'armée se rappelle de mon existence... Ce blog est en vacances je m'en vais parcourir les couloirs et les bureaux de tous les services d'administration israélienne pour tirer mon statut au clair. En éspérant m'en sortir sans uniforme khaki pour 6 mois.

23 juil. 2009

"Mais tu ne t'inquiètes pas trop?"


Comme beaucoup de touristes en Israel, les étudiants de mon oulpan étaient pour la plupart obsédés par le conflit. Ils le prennent en pleine figure dès leur arrivée à Jérusalem. Il est partout et nulle part, dans cette peur irrationelle qui les surprend dans le bus du matin, ce mur gris qui défigure l'horizon du désert de Judée, ou ce questionnement permanent d'où passe la fameuse Ligne Verte. Et pourtant, c'est exactement ce qui les definit comme touristes.

Je n'y pense plus...

Je passe les portiques de sécurité de ma fac ou le garde du supermarché sans même y prêter attention, un soldat dans le bus sans plus voir qu'au coté de son sac pend un M16 chargé. Nous sommes les acteurs d'un conflit qui se joue autour de nous, malgré nous, et avec nous parfois. Il rythme nos histoires mais chacun s'applique à l'ignorer. Paradoxalement, tant qu'il sévit à petit-feu, son omniprésence le rend invisible.

Cette semaine, le journal du matin "Israel Aujourd'hui" donnait en première page des statistiques qui peuvent sembler surprenantes. 86% de la population se déclarent "heureux et satisfaits de leur vie". C'est plus qu'en France, plus qu'en Finlande, même plus qu'au Canada! C'est très simple: pour être heureux ici, il faut choisir de l'être.

L'Israélien aime se comparer à la figue de barbarie. Fragile mais piquant (ou plutôt piquant parce que fragile?), tout comme le fruit dantesque mais charnu, sous sa carapace bardée d'épines, qui pousse en été sur les cactus du pourtour méditerranéen. Certes, nos perspectives sont souvent claires-obscures mais le conflit ronge ceux qui ne se protègent pas de lui.

Et les copains de l'étranger? Ils sont comme nos touristes. Ils n'ont que l'image noire, peut-être tout aussi réelle, dépeinte par les faits bruts. Ils s'inquiètent! Souvent pour rien, mais on ne manque certainement pas de raisons de s'inquiéter nous aussi. Simplement nous les ignorons consciemment jusqu'à les oublier. C'est toute la différence entre vivre et survivre.

19 juil. 2009

"Sous les pavés, la plage?"


Ce pays est un endroit de contrastes qui n'en deviennent que plus frappants lorsque l'atmosphère s'échauffe. La semaine dernière a vu les rues de Jérusalem devenir chaque soir le terrain d'affrontements très violents entre la police, l'armée et les Haredim (population ultra-orthodoxe des quartiers de Mea Shearim et Geula).

Une photo du journal Yedioth Ahronoth (je ne m'y suis pas risquée!)

Comme tous les quelques mois, dans un glorieux rituel pyromaniaque, un euphorisant feu de joie, ils protestaient. Cette semaine, contre l'arrestation d'une mère neurotique affamant son garçonnet, il y a un mois contre l'ouverture d'un parking municipal durant shabbat, et quelques semaines auparavant contre l'abomination de la Gay Pride - horreur, des filles, des garçons, et même des indécis paradant dans les allées bénites de la ville trois fois sainte!

Ils deviennent de plus en plus efficaces, d'ailleurs! En une nuit toutes les poubelles du quartier de Mea Shearim ont brulé d'un aveuglant feu divin. Il a fallu s'en prendre à coups de pavés, fautes de décharges restantes, jeunes et moins jeunes, de 7 à 77 ans pour ainsi dire, aux bâtiments publics, aux bus, à tout signe de cette municipalité mécréante, qui ose - quel comble! - prétendre que la loi s'applique a tous.

Pour tous du coup, le consensus était vendredi d'échapper enfin à cette ambiance fort tendue et de profiter de la plage avant Shabbat. Aux aurores, nous avons donc rejoint avec Nic et Adi nos khanikhim¹ du dernier cours de Magen David Adom² sur le sable brulant de Tel Aviv. Ces deux villes sont tellement emblématiques de deux mondes aussi différents que liés que les 40 courtes minutes du trajet semblent irréalistes.


On se croirait arrivé dans une ville dessinée par Bilal un jour heureux. Une sorte de mélange absurde de Manhattan-Sarajevo en passant par Berlin, sous le soleil de l'orient. Dès la descente du bus, l'humidité nous suffoque, la chaleur est moite, mais la lumière est aussi plus vive, l'humeur soudain évidemment plus détendue, plus rieuse, plus dynamique. Les passantes, avec une robe 10 cm plus courte qu'à Jerusalem, s'enduisent de Monoï sur le chemin de la mer où l'activité unique de la journée consiste à scruter l'horizon en attendant le marchand de glaces ambulant.

Et pourtant, les choses changent vite! Déja quand vers 17 heures j'arrive enfin de retour à Jérusalem dans les environs du nouvel appart sur la rue Shamai, c'est pour me trouver dans une marée humaine très jeune et branchée qui danse sur une musique électro, un vendredi après-midi. La pression religieuse semble loin, très très loin... J'en oublie du coup que shabbat arrive, que les transports s'arrêtent et je rate le dernier bus pour Gilo.

1. "khanikh" - Le khanikh est à la fois un élève, un apprenti, une recrue ou plutôt un membre d'une colonie de vacances. Le terme en hébreu se réfère au verbe "lekhanekh", ou éduquer, tout simplement! Pour les linguistes en herbe, le "kh" est guttural et se prononce ici comme le "ch" sur mot "ach" en Allemand.
2. Magen David Adom - La branche israélienne de la Croix Rouge Internationale. J'y suis volontaire depuis 2007, pour plus de détails, cliquez ici!

10 juil. 2009

"Na Nach Nachma Nachman Meuman"


Quand avez-vous croisé dans la rue pour la dernière fois un visage rayonnant de plaisir, éclairé par la gaieté? Ou des inconnus, qui sans un mot se sourient, éxubérants, et dansent leur bonheur au milieu d'une allée? Des gens heureux, joyeux d'être tout simplement? D'aucuns disent qu'en Israel rien n'est privé. Ils ont sûrement raison, mais il en va de la tristesse comme de la joie simple de vivre.

Hier soir, devant une bannière tendue sur la rue piétonne Ben Yehuda, la jeunesse hippie jérusalémite dansait pour la paix. L'arak et la vodka coulaient à flots, les gamins zigzaguaient entre les passants soudain pieds nus, qui se jetaient dans le cercle, emportés par le rythme. Il parait que c'est un concept à Jerusalem, on appelle ça une fête de rue. Une mini-rave s'improvisait pour cette Paix avec un grand P, aussi élusive qu'idéale, aussi euphorique que chimérique.


En même temps, à quelques mètres de là, s'installait le camion ambulant des Hassidim "Na Nach", qui entamait une joute sonore avec le saxophone et la batterie. En cette veille de jeûne, dans la cacophonie générale, les paroles de Bob Marley se fondaient avec la pop hassidique.

Et c'est alors qu'arriva un véritable miracle moderne: une fusion! Un improbable rapprochement des deux groupes, une scène tellement incongrue que les passants sortaient leurs téléphones pour saisir l'instant magique de ces barbus en costumes traditionnels aux bras de jeunes gens dans une ronde mixte devant un panneau "Rotsim Shalom" (Nous voulons la paix).


Mais qui sont-ils, en fait, ces disciples du Rav Nachman de Breslov? Impossible de leur échapper ou de les ignorer, qu'on soit local ou touriste. Leurs pratiques suivent tout à fait celle du Hassidisme, un monde où se mèlent les croyances ésotériques de la Kabbale avec une pratique stricte d'un Judaïsme orthodoxe. Ils laissent leur mantra cryptique partout sur les murs du pays, en lettres géantes simplement graffitées sur les toits, les voitures, les panneaux publicitaires ou même la barrière de sécurité.

Cinq mots étranges: "נ נח נחמ נחמן מאומן - Na Nach Nachma Nachman Meuman"

Ils portent une kippa très large, souvent blanche, brodée du même slogan, et se promènent régulièrement en groupe dans les rues des bastions les plus séculaires d'Eilat, de Tel Aviv ou de Jérusalem, à bord de vans diffusant leur musique techno-hassidique. Dans ces 5 mots de leur cri de ralliement, ils trouvent un chant appellant la rédemption d'Israel, tel qu'annoncé en son temps par le Rav Nachman.



Le chant, selon le Rav Nachman, qui devait aimer les énigmes farfelues, aurait une forme "simple, double, triple, et quadruple". Le mantra, révélé par son successeur, correspond a ces caractéristiques et reprend la tradition hassidique qui encourage la répétition d'une même phrase comme une forme de méditation.

Et le graffiti alors? J'ai fini par demander. Ses deux premiers mots ("Na Nach") sont lus en Yiddish comme une interjection "Maintenant, vers..." tandis que le dernier mot ("Meuman") peut être vu soit comme le nom de la ville ou repose le Rav Nachman, soit comme le mot hébreu pour "accrédité". La traduction la plus plausible donne donc "Maintenant vers Nachman venu d'Uman". Une invitation au pélerinage intérieur en quelque sorte.

Le graffiti "Na Nach Nachma Nachman Meuman" et son smiley attitré qui a rejoint les smileys de la version israélienne de MSN. Pour les linguistes en herbe, en hébreu, le "ch" se dit ici comme en allemand dans le mot "ach" et porte l'accent tonique, le "u" se lit "ou".

Leur coté loufoque en fait des personnages hauts en couleurs, un peu fous et perçus comme tels par la majorité des israéliens, mais tout à fait à leur place dans le fouilli des rues animées et parfois mystérieuses de Jérusalem la nuit...


5 juil. 2009

"Et au passé, ça se conjugue comment?"


L'ambiance de notre classe d'oulpan est similaire à celle de l'école primaire de Springfield. En grande cacophonie, un cortège hétéroclite d'étudiants, américains dans leur très grande majorité, s'achemine tous les matins depuis les portiques de sécurité. Armés de nos bouquins aux couvertures aux couleurs trop vives pour sembler sérieux, on entre dans la fac, pragmatiques sous le flash sporadique des touristes présents pour la visite de groupe, en s'imaginant enfin comprendre la complexe psyché du zèbre lors d'une prochaine visite au zoo...


En Bart Simpson: notre stéréotype ambulant, notre cancre local, fanatiquement à droite et tel une insolente pile électrique vraisemblablement médiquée au Prozac depuis le berceau. Il ne semble fonctionner que flanqué de sa copine, léthargique en comparaison, très maquillée mais à demi vêtue (et encore seulement de morceaux de tissus aux couleurs pastels marqués du sigle de sa "sorority"). Ils gloussent devant ses ongles nouvellement peinturlurés au vernis goût pastèque, c'est un produit "Rak be-Israel" paraît-il. "In Israel only". On veut bien les croire.

Arrivent ensuite un peu essouflés notre vraie mormone, notre jeune (et sexy) prêtre catholique italien, nos quelques autres élèves américains l'air toujours aussi ébahi, mais surtout, nos deux religieuses orthodoxes tout droit sorties de Manhattan, aussi ferventes en féminisme qu'en judaisme, qui prèchent la prière mixte et l'étude simultanée, n'en déplaise aux plus rétrogrades.

Leur pire ennemie? En version plus diabolique de Lisa Simpson atteinte du syndrome de Jerusalem, notre petite Gardienne de la Révolution locale dont la lecture biblique peu humaniste fait frémir l'autre prétendant au trône de l'élève parfait, un Zimbabwéen étudiant a Harvard, qui la toisant de son mépris semble s'absorber complètement dans son étude de la couverture du dictionnaire. Il se redresse dans son siège au premier rang déserté, imaginant sans doute la gloire de lumière divine qui se doit de l'entourer.

En retard cette fois, suit souvent notre unique élève russe, contemplant avec un rictus satisfait les éléments du déclin de l'empire américain. Puis, une américaine chrétienne born-again qui étudie en parallèle l'arabe et s'est érigée en égérie de la cause palestinienne, une jeune fille si discrète qu'on la penserait muette, une anglo-française bobo très sympatique qui mange bio et vote PS...

En fait nous ne sommes pas un mirroir si faussé que ça de la population estivale de ce pays...

29 juin 2009

"Cher(e) candidat(e), nous avons le plaisir..."


Fin de l'attente! Je commence le 18 octobre mon année scolaire à l'Université Hébraïque de Jerusalem en Sciences Médicales! La lettre d'acceptation reçue hier matin est déjà froissée à force d'être lue, revue, scrutée, décryptée, savourée encore et encore.

"Chère candidate, nous avons le plaisir..."

La ruse est finaude: les cours de première année sont identiques à ceux du programme de médecine et sont donnés en commun. A moi la vie étudiante des ruelles de la ville moderne, les trajets de bus farfelus au petit matin, le campus d'Ein Kerem, la biochimie, et les heures folles de la bibliothèque!

En attendant, il s'agit de satisfaire les prérequis de langue sur le campus de Har Hatzofim (Mont Scopus). L'été s'installe, les jours filent et défilent, entre grammaire moderne, structure verbale, presse écrite, et séminaires. Le vent sableux des montagnes de Judée souffle sous un soleil brulant. Les chats prolifèrent , ils se défilent et se faufilent, de nos classes aux jardins orientaux.

Entre 1948 et 1967, l'hôpital Hadassah du Campus Ein Kerem (à gauche), qui abrite la faculté de médecine, remplaça celui du campus de Har Hatzofim (à droite, au dessus de la vieille ville) alors en territoire Jordanien. Ce n'est qu'après la Guerre des Six Jours et la réunification de Jérusalem que l'université, fondée en 1925, a repris ses droits.

Pour tous ceux qui veulent y croire, ce campus est à la fois un lieu de coexistence pacifique et l'accomplissement du rêve sioniste d'une université où l'enseignement se ferait en hébreu. Entres ruines antiques, bâtiments modernes, vergers et pelouses, les groupes discutent en hébreu, en arabe souvent, en anglais parfois, quelle bouffée d'air! Frais arrivés, un peu perdus dans cet endroit sans ordre ni architecture propre, on se fond dans la foule des étudiants qui sortent de cours pour papoter tranquillement assis sur un reste de colonne d'époque romaine, sans plus lui accorder la moindre attention: finalement, c'est surement ça aussi l'intégration.

22 juin 2009

"Gilad est toujours en vie!"


C'est un triste anniversaire qui se prépare jeudi.

Il y a trois ans, le Hamas kidnappait Gilad Shalit, à quelques jours à peine du début de la seconde guerre du Liban... et voilà cette date du 25 juin qui revient, comme un rappel d'un échec collectif. Entre temps, les stickers, les drapeaux, les rubans jaunes, les graffitis, sont apparus partout. Pas une rue de Jérusalem n'est laissée sans un rappel que Gilad est absent, prisonnier dans Gaza, à quelques dizaines kilomètres à peine de nous.

Sur le raid meurtrier en territoire israélien, sur les négociations avortées qui ont suivi, sur les demandes et les réponses incohérentes, tout a été dit. Trois ans d'attente insoutenable ont passé pour la famille. Trois ans sans aucun contact, sans visite de la Croix-Rouge, avec comme seule preuve de vie un enregistrement vieux de 2 ans. L'épilogue tragique des négociations avec le Hezbollah l'an dernier est encore dans tous les esprits, et marque l'atmosphère qui entoure les négociations avec le Hamas.


Le dilemme moral reste entier.

Faut-il plier? Échanger un soldat contre des centaines de prisonniers? N'est-ce pas alors encourager les milices palestiniennes à plus de kidnappings? Et que dirons-nous aux proches si, comme ce fût déja le cas dans le passé, un de ces prisonniers fraîchement relaché s'empresse d'exploser dans un supermarché? Doit-on pour sauver un seul mettre en danger la vie de tous? Comment justifier aux familles des victimes des attentats de libérer soudain ceux qui ont assassiné leurs enfants?

Ces enfants, c'est moi. C'est mon voisin, c'est un copain en retard pour un cours qui monte dans le bus, une passante qui fait ses courses, deux amoureux sur une terrasse...

Doit-on abandonner ce soldat sur le terrain, au mépris du contrat tacite entre l'armée et la société qu'elle défend? Laisser croupir dans Gaza un garçon de 22 ans et s'efforcer de l'oublier? Un soldat que nous avons envoyé défendre les localités autour de la frontière? Qui est, comme le dit le sticker au-dessus, "toujours en vie"? Faut-il se résoudre à accepter qu'on puisse, de fait, en terrain israélien enlever un soldat, puis un civil?

Ce soldat aussi c'est moi! C'est un copain qui finit son service militaire, un autre qui est rappelé pour un mois de réserve, une étudiante de ma fac, le serveur du café du coin, le fils de la voisine...

Peut-on tenter de forcer la main du Hamas par un siège complet de Gaza? Faudrait-il couper l'eau, l'électricité, le téléphone, le gaz? Bloquer les convois humanitaires, isoler de tout contact les prisonniers palestiniens en Israel? Où est notre sens éthique de base, s'il s'agit de punir collectivement une population déjà éxangue? La dernière guerre de Gaza porte cet enseignement crucial: nous ne pouvons pas penser que la population qui ne s'est pas en janvier retournée contre le Hamas le fasse maintenant.

Alors que faire?

Un choix. Notre intégrité morale en sera compromise quel qu'il soit. Pour ceux qui sont en Israël, la famille Shalit appelle au rassemblement à Tel Aviv jeudi à 19 heures.


18 juin 2009

"On prend un sac étanche pour l'appareil photo?"


Le mouvement sioniste s'est d'abord développé au sein des mouvements de jeunesses juifs allemands, et l'éducation traditionelle israelienne en est encore aujourd'hui très influencée. Que ce soit au sein des Kibbutzim laïques, dans les colonies de Cisjordanie ou dans les agglomérations du pays, les jeunes israéliens sont encouragés très jeunes à rejoindre un mouvement, et à renforcer en groupe leur lien et leur responsabilité face à la terre et à l'eau.

Par conséquent peut-être, Israel est un des pays au monde dont la portion de territoire allouée aux reserves naturelles est la plus importante. Les enfants israéliens sont éduqués dès la prime enfance à la conservation de l'eau, au respect de la faune, et à la fragilité de la nature... des thèmes écologiques finalement très nouveaux et récemment porteurs en Europe!

Deux chemins très connus, le "Shvil Israel" (Sentier d'Israel) et "Yam-leYam" (De la mer à la mer) permettent de descendre le pays du Nord au Sud, ou de traverser la largeur du pays du lac de Tibériade à la Méditerranée. Dans un pays minuscule, il est souvent possible de commencer d'un paysage caillouteux lunaire pour s'enfoncer dans des gorges ombragées avant de trouver une source naturelle descendant d'une plaine à l'herbe jaunie par le soleil, ou de descendre un ruisseau le long des chemins tortueux d'une montagne verdoyante couverte des ruines d'anciennes citées romaines, grecques, juives et arabes, jusqu'aux arides dunes du Desert de Judée...

Partis avec Arié, Tal, Adi et Daniel mardi matin de Jerusalem pour le Golan, nous avons descendu la rivière du Yehudiya dans une faille rocheuse qui serpente le long d'une vallée asséchée. Au milieu des roseaux, des palmiers, des herbes folles, portés par les chants des oiseaux, le ruisseau s'elargit parfois pour former des piscines naturelles très profondes qu'on traverse à la nage à l'ombre des rochers qui les protègent, avant que la rivière ne tombe alors en cascades plus bas, pour le plus grand plaisir des randonneurs affrontant la fournaise de ce début d'été...


15 juin 2009

"Galei Tsahal, Il est 10 heures et voici les nouvelles"


Netanyahu s'exprimait hier soir depuis l'université Bar-Ilan pour définir dans un discours très anticipé sa vision en vue de futures négociations avec l'Autorité Palestinienne de Mahmoud Abbas... Les échos de Galei Tsahal (les "ondes de Tsahal", la radio nationale, opérée par l'armée et destinée à l'information du public et des soldats) nous parvenaient de tout le voisinage.

Mais au final, rien de nouveau, il n'a rien dit! Les commentateurs en sont réduits a compter la récurrence des mots dans son discours (47 fois "Paix", 3 fois "Juif/Israel", 33 fois "Palestiniens", 1 fois "Islam", etc etc) et personne, sauf peut être Obama, n'est satisfait. La gauche est tout naturellement très déçue, Kadima (le centre de Tzipi Livni) se sent trahi par un discours qui lui emprunte beaucoup et déforme ses thèmes de campagne, et la doite hurle au scandale. L'Autorité Palestinienne, de son coté, appelle dans un bel exemple d'irresponsabilité à la lutte armée pour protester la demande de reconnaissance d'Israel en tant qu'État Juif.

L'idée de base est la suivante: deux états pour deux peuples, mais pas d'armée palestinienne, pas de division de Jerusalem, pas de retour des réfugiés autre que dans le nouvel état palestinien. Ironiquement, ces points sont pratiquement identiques à la platforme des débuts de négociation précédents, mais ne conviendraient que prononcés par un autre. Obama a soulevé tellement d'enthousiasme chez les Palestiniens et tellement d'acrimonie en Israel que chacun semblait presque attendre un miracle.


Seulement voilà, leur miracle peut être notre cauchemard. Et vice versa... Sans rentrer dans plus de discussion politique, je vous laisse apprécier une affiche nauséabonde placardée devant le consulat américain de Jerusalem Ouest. On est bien partis.

7 juin 2009

"Shabbat shalom"


Retour à Jerusalem. Les cafés ont fermé en début de soirée vendredi, au son de la sirène annoncant le début de shabbat, étonnament reminiscente de celle qui a sonné mardi matin pour l'exercice national de sécurité civile. Tout le pays est alors descendu dans les abris pendant 10 minutes, sauf quelques-uns dont moi, prise de surprise dans la douche. Comme un rappel de la fragilité de notre quotidien pourtant si normal et si ordinaire.

On sent le vendredi après-midi une effervescence particulière à Jerusalem. Les conducteurs s'agitent, les familles sortent du souk chargées de caisses de fruits et légumes. Les portes des jardins sont ouvertes, les familles font du pain, écoutent la musique qui peu à peu remplace les programmes sur la majorité des stations, appellent amis et proches, nettoient les maisons...

Et puis vient le calme qui doucement descend sur la ville. Le soir tombe. On croise des familles en blanc qui se rendent entre voisins à la synagogue du coin, ou chez des amis pour le repas. Le traffic s'arrête peu à peu, et des barrières sont déployées sur les routes dans les quartiers religieux.


Dès le samedi matin, les gamins déambulent en bandes dans les rues, les ados rejoignent leur mouvement de jeunesse ou se regroupent dans les parcs, souvent envahis par des familles qui s'en vont faire la sieste lorsque la chaleur devient trop étouffante. On parle, on se repose, on dort. Les promenades de Jerusalem, notamment la fameuse "Tayelet" et sa vue imprenable sur la vieille ville, se remplissent de poussettes et de cerfs volants.


Un coup d'oeil à droite, un coup d'oeil à gauche, et c'est pourtant une vraie leçon de géopolitique qui se déploie sous nos yeux. Des bords de l'Ouest, nous voyons les quartiers Est et, pas aussi loin qu'on ne la voudrait, la barrière de sécurité, qui longe ici les villages arabes aux abords de Jérusalem...

Et puis finalement arrive la nuit, et shabbat "sort" comme le disent les Israéliens. Les cafés de nouveau se remplissent, les terrasses des restaurants sont prises d'assaut, les klaxons envahissent les rues. L'été arrive à Jerusalem. On nous sert des boissons très froides, pleines de glaçons, mais les serviettes sont chauffées. On reste frileux, les nuits sont fraiches.

1 juin 2009

"Vol Egyptian Airlines pour Larnaka"


A l'aéroport du Caire, le service de sécurité d'El Al se met en place avant même le premier contrôle des passeports durant l'enregistrement. Sachant qu'il n'y a aucun vol vers une destination européenne dans l'heure précédente et l'heure suivante, on peut imaginer que n'importe quel voyageur occidental présent dans l'aéroport est un passager en partance pour Israël. Il leur suffit donc d'approcher chaque touriste se déplaçant vers la zone de contrôle pour l'encadrer et procéder au check-in. Pas même besoin de passer par la douane, un policier egyptien tamponne passeports et cartes d'embarquement de manière à permettre un passage direct vers la zone d'embarquement.

Mais là, surprise! Les tableaux de l'aéroport indiquent que le vol de Tel Aviv part de la porte 7 à une heure éronnée. Et à la porte 7, une femme de ménage (qui est en fait une agente de sécurité égyptienne) indique aux passagers en partance pour Tel Aviv de façon discrète que leur vol partira en fait de la porte 9, qui très logiquement indique un vol fictif d'Egypt Air pour Larnaka (à Chypre) qui n'est mentionné nulle part ailleurs. Bref, c'est très rassurés qu'on est alors pris en charge jusqu'à l'avion par une armada de flics égyptiens armés jusqu'aux dents.

Une heure de vol plus tard apparaissent enfin les lumières de Tel Aviv. Je suis rentrée...

28 mai 2009

"C'est pô croyable, lô, c'tait tellement bô"


Le soufisme est un courant de l'Islam né en Irak qui attribue à chaque concept un aspect extérieur apparent et une réalité intérieure cachée. Le croyant s'élève vers un état d'"ivresse" spirituelle qui lui permette de d'accéder à cette connaissance cachée, parfois en recherchant une forme de transe par la danse. C'est le cas des derviches tourneurs, dont il existe une communauté au Caire.


Soutenus par une musique d'abord lancinante et très répétitive, le danseur tourne lentement puis très rapidement jusqu'à se perdre dans le rythme et le chant, déploie les bras, la main droite dirigée vers le ciel pour y "recueillir la grâce divine" et celle de gauche vers le sol pour l'y répandre.


On s'y rend avec Anne, qui bosse avec Pauline à l'UNIFEM (le fond de l'ONU pour la femme), et son colloc Louis-Charles, un étudiant en médecine à McGill venu travailler avec des réfugiés africains au Caire, qui sont maintenant les nouveaux voisins canadiens de Pauline et Raph. Contrairement aux images connues des communautés de derviches tourneurs turques, si les derviches cairotes commencent habillés de vêtements très simples en coton blanc, bientôt s'ajoutent des robes aux couleurs chamarrées, et nos yeux se perdent dans les illusions d'optiques colorées de leurs parures tournant dans une lumière bleutée...

24 mai 2009

"Bienvenue dans ta deuxième patrie: l'Egypte!"


Le voyage de Louxor à Assouan, une fois passé le périple en train depuis Le Caire, doit se faire différemment selon que le voyageur est Égyptien, ressortissant d'un pays arabe, ou simple étranger... A chacun une Egypte donc, mais celle des touristes européens ne donne pas vraiment envie.

Chaque jour, parqués dans leurs bus bien frais, des convois remplis d'occidentaux à peine vêtus et rosis par le soleil sont promenés d'un temple à l'autre, d'un faux souk à un restaurant traditionnel (mais climatisé), sous la protection de l'omniprésente Police du Tourisme. Ils rentreront chez eux les yeux pleins d'étoiles pharaoniques mais auront contribué pour la plupart à éduquer toute une population à l'idée que le touriste occidental est une chose fragile protégée partout et peut donc être considéré comme un portefeuille ambulant.

Le plus dommage, c'est qu'au détour d'un chemin de campagne, loin des autoroutes rutilantes construites par le régime, l'acceuil est d'une simplicité et d'une gentillesse déroutante. Pas question donc de nous plier aux règles du tourisme de masse.

Partis de Louxor à l'aube, nous commencons par traverser un souk populaire où des gamins dépècent des carcasses au milieu des poubelles et du trafic. Un peu perdus, nous rencontrons deux ingénieurs cairotes qui nous invitent et nous emmènent en taxi collectif à la recherche d'un minibus de travailleurs en partance pour la ville d'Edfu (et de son temple pas loin) puis de Kom Ombo.

Au premier contrôle de police, Raphaël explique dans un arabe presque parfait et sans accent que nous sommes des français aux racines algériennes qui apprennent l'arabe au consulat français du Caire tandis que j'acquiesce dans un arabe balbutiant. Cette histoire savamment élaborée nous permet de voyager aux mêmes conditions que les locaux, puisque nous sommes supposés être arabes. Un peu de barbe, et mes cheveux bouclés achèvent d'ouvrir les multiples barrages sur la route. A l'un d'eux, le flic se fend d'un sourire affable, à la grande surprise des autres voyageurs du minibus, et nous déclare sans plus de chichis: "Bienvenue dans ta deuxième patrie, l'Egypte! Le peuple arabe est uni".


A vélo, en rickshaw, en minibus et parfois à pied, nous avons donc peu à peu descendu le Nil jusqu'à la Nubie, en ne croisant que quelques occidentaux dans des temples souvent déserts (chaleur oblige), fraternisant un peu avec les flics (il faut), souvent aidés par une population très accueillante, trop heureuse de trouver des touristes arabisant (je m'adapte), respectueux des normes vestimentaires (je mets des foulards), et intéressés aussi par d'autre choses que des fresques antiques (très impressionnantes).


Avec notre budget temple bien réduit puisque l'Egypte favorise les ressortissant arabes en cassant les prix des entrées, notre budget voyage quasi-nul puisqu'adapté au salaire local, nous sautons dans un train première classe pour rentrer au Caire en 14h de trajet. Cette fois c'est un train presque moderne, plus de poules, de chèvres et de jeux de tetris permettant aux femmes du wagon de ne pas avoir à côtoyer un homme inconnu... On s'endort tout seuls dans un wagon vide...

17 mai 2009

"Dive Now Work Later"


Dahab, ton univers impitoyaaaaableuuuu!


Bienvenue en Egypte, où chaque voyage est une aventure pour le backpacker intempestif qui s'imagine éviter les circuits balisés pour touristes. Sur la route du Caire vers Dahab vous passerez plus ou moins rapidement 6 checkpoints selon l'humeur du chef de la police locale qui vérifiera les passeports et visas du bus ou pas. Pour votre agrément, après l'heure de cassette coranique, un grand film tout droit sorti du bollywood local vous maintiendra éveillé, et vous profiterez d'un air frais (13°C) malgré la fournaise du dehors. Mais alors, quand enfin apparaîtront les rives de la mer Rouge, quand enfin naîtra à l'horizon la pointe des mosquées de Dahab, alors il sera temps de découvrir un ancien village bédouin devenu station rendez-vous des plongeurs du Sinai. Une oasis loin des pressions islamistes, un peu vide en cette année peu propice au tourisme européen ou israélien, où sortir enfin débardeurs et maillots de bains!


Une nuit blanche n'étant jamais mieux suivie que par une autre, nous nous sommes attelés à l'escalade du Mont Ste-Catherine qui surplombe le très fameux Mont Moïse, aux petites heures du matin. Emmitouflés sous des couvertures (très vétustes) en peau de chameau, nous atteignons enfin le sommet pour profiter d'un lever de soleil sur les crêtes embrumées avant de redescendre 3000 marches géantes vers le monastère Ste-Catherine où subsiste la plus vieille communauté monacale chrétienne sous la houlette d'un supérieur appelé... le "despote"!



Et voilà, le meilleur de Dahab étant quand même que l'activité y reste réduite en dehors de nos escapades d'alpinisme nocturne. On y dort sur la plage, déguste des jus de mangues sur des terrasses bédouines au dessus de l'eau, et admire les coraux sous un soleil de plomb. Trop dur la vie...